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T�l�chargement et altruisme Par Pierre-Yves GEOFFARD lundi 21 mars 2005 La cour d'appel de Montpellier vient de confirmer la relaxe en premi�re instance d'un jeune Aveyronnais chez qui pr�s de 500 copies de films avaient �t� saisies. M�me si, de fait, les juges ne se sont prononc�s que sur le caract�re l�gal de la copie � titre priv�, cette nouvelle a �t� accueillie avec un profond soulagement par tous les adeptes du t�l�chargement. Sans surprise, les parties civiles, dont les repr�sentants de l'�dition vid�o et des distributeurs de films, ont d�cid� de se pourvoir en cassation. La strat�gie des producteurs de musique est identique, cherchant par tous les moyens judiciaires � obtenir la condamnation d'internautes qui �changent des fichiers musicaux sur les r�seaux peer to peer. Il en irait, selon eux, de la survie de l'industrie du disque et, partant, de la cr�ation musicale. Cette strat�gie ne manque pas de rappeler l'obstination des grandes firmes pharmaceutiques � lutter contre les copies de m�dicaments, m�me lorsque celles-ci sont produites au sein de pays pauvres, pour soigner des populations pourtant incapables de payer le prix fort. L'argument est d'ailleurs de m�me nature : la copie menacerait directement leur int�r�t � d�velopper de nouveaux m�dicaments. Ces industries ont de nombreux points communs : outre la part importante de leur chiffre d'affaires consacr�e � la publicit� et au marketing, elles mettent en oeuvre des processus de d�veloppement (ou de recherche) lourds, co�teux et risqu�s. Mais, surtout, leur talon d'Achille vient de la nature m�me de leur production : elles fabriquent, essentiellement, de l'information. Ainsi, un fichier musical ou un DVD n'est gu�re qu'une suite de 0 et de 1 ; de m�me, ce qui donne de la valeur � une mol�cule, c'est bien la d�monstration qu'elle est efficace pour lutter contre telle ou telle maladie. Or l'information est un bien public, dont l'usage par autrui ne diminue en rien ma propre possibilit� d'en jouir. Certes, ce n'est pas vrai du support physique effectivement vendu (un disque rond emball� dans du vilain plastique, une g�lule dans un peu de carton) ; mais seule l'information conf�re � ces objets leur valeur de vente. Dans le cas des fichiers musicaux ou d'images num�ris�es, le d�veloppement des r�seaux d'�change sur le Net permet � chacun de disposer, � co�t presque nul, du m�me contenu qu'en achetant son support physique � un prix �lev�. C'est pourtant un ph�nom�ne assez nouveau car le consommateur (celui qui t�l�charge) est aussi le producteur (celui qui laisse ses fichiers libres d'acc�s). A priori, comme pour tout bien public, l'efficacit� de ces r�seaux d'�change ne va pas de soi, et l'analyse montre qu'ils sont bel et bien confront�s au probl�me classique du �passager clandestin� : de nombreux usagers consomment le bien produit par d'autres sans participer � sa production, ce qui est une attitude rationnelle lorsque la seule motivation est l'int�r�t priv�. Certes, des m�canismes permettent d'am�liorer l'efficacit� du fonctionnement des r�seaux. Par exemple, donner une priorit� d'acc�s aux internautes ayant fourni de nombreux fichiers incite chacun, m�me le plus �go�ste, � contribuer au bien commun. Pourtant, m�me en l'absence de tels dispositifs incitatifs, ces r�seaux existent et fonctionnent � grande �chelle, r�v�lant des comportements altruistes, ou de conformit� � une norme sociale qui valorise le partage de ses propres fichiers. Pour l'industrie du disque, il est important de comprendre la part relative de ces diff�rentes motivations. Lutter contre l'altruisme ou chercher � changer les normes sociales, en diffusant des messages aussi subtils que �t�l�chargez-moi l�galement� semble d�risoire. La bataille se concentre donc sur les usages �go�stes, � travers une augmentation de la diff�rence de valeur entre le produit original et sa copie t�l�charg�e. La sanction judiciaire du t�l�chargement augmente �videmment son co�t, mais on voit que la jurisprudence est peu claire, et qu'en tout �tat de cause, le nombre de condamnations repr�sente une part infime des actes illicites. La diffusion massive de �faux� fichiers sur les r�seaux d'�change constitue une autre mani�re de diminuer leur attrait, au risque toutefois d'un certain ridicule... Une autre r�ponse consiste � am�liorer l'int�r�t pour le support physique lui-m�me, � travers une pochette originale et difficile � reproduire ou, enfin, une baisse de son prix de vente. Pourtant, le prix des CD reste �lev�. L'analogie avec l'industrie pharmaceutique est encore int�ressante : la concurrence des g�n�riques, exactes copies d'un m�dicament original, conduit souvent son producteur � augmenter le prix de celui-ci. Il concentre ainsi ses efforts sur des consommateurs plus sensibles � la marque qu'� son prix. Ce segment est compos� de clients tr�s profitables, pr�ts � accepter des marges �lev�es. Le reste du march� est alors �abandonn� � la concurrence des g�n�riques. Si la jurisprudence confirme sa r�cente tol�rance vis-�-vis du t�l�chargement, les majors pourraient suivre en dernier ressort une telle strat�gie paradoxale : augmenter encore leurs prix, et... contribuer ainsi � l'effondrement de leurs ventes et au d�veloppement des r�seaux d'�change ! Pierre-Yves Geoffard est chercheur au CNRS (PSE Paris-Jourdan). -- Take action against software patents http://swpat.ffii.org Sauvez le droit d'auteur http://eucd.info APRIL http://www.april.org Frederic Couchet +33 (0) 6 60 68 89 31 _______________________________________________ Liste de discussion FSF France. http://lists.gnu.org/mailman/listinfo/fsfe-france
