Le 28/09/2026 à 13:35, Stéphane Rivière via frnog a écrit :
Les réseaux mobiles vont inclure les réseaux d'urgences [gendarmerie police pompiers samu sécurité civile]. En s'appuyant sur la technologie LTE, la VoLTE à la "ouatesapp", des logiciels spécifiques en fonction des services et diverses rustines comme la fameuse "poire". Couverture défectueuse, fréquences inadaptées hors zones urbaines, liens non redondants et infrastructure sans autonomie en cas de coupure.

Oui et non. A la base, ça partait d'une bonne intention : même il y a 20 ans, la téléphonie mobile offrait déjà bien plus de possibilités que n'en offrait Antarès : GPS, photos, vidéos. Re-développer de nouveaux terminaux spécifiques plus modernes, en au moins deux versions sur deux bandes de fréquences différentes pour les bleus et les rouges, aurait pris encore 20 ans, aurait coûté quelques centaines de millions de reins, et aurait toujours été en retard par rapport à l'évolution galopante de la téléphonie mobile. Sans parler du nécessaire déploiement des relais (toujours en technologie propriétaire, et en double). Antarès n'a jamais véritablement donné satisfaction, depuis les communications air-sol qui ont longtemps été impossibles avec les hélicos, jusqu'aux couvertures et à la tolérance aux pannes très insuffisantes. Au point qu'après des incidents majeurs, beaucoup de services se sont ré-équipés, en parallèle, de bons vieux systèmes analogique ou DMR, avec des relais "à l'ancienne", sur des panneaux solaires et batteries !

Donc, s'appuyer sur la technologie mobile n'était pas complètement déconnant, à la fois vis à vis de l'évolution technologique des terminaux que des couvertures réseaux.

L'erreur, cependant, a été de croire que ces réseaux seraient naturellement résilients. Un peu comme lorsqu'une entreprise met ses systèmes informatiques "dans le cloud" sans chercher à comprendre exactement quelle architecture technique le prestataire utilise derrière 🙂. Jusqu'à ce que ça casse 🙂 A part sur certains points hauts majeurs, disposant encore d'infrastructures construites au siècle dernier, comme des groupes électrogènes automatiques, le réseau 4G n'a jamais été conçu pour être résilient. En zone dense, une redondance naturelle se fait par la multiplicité des sites qui peuvent couvrir une même zone. Sauf qu'en cas de sinistre majeur, toute la zone tombe ! Même si, localement au moins, l'opérateur en charge du réseau électrique an conservé une très forte capacité d'intervention et de mobilisation d'équipes par tous temps, quand une tempête fait tomber des dizaines de lignes HTA à des endroits différents et que les routes sont coupées, les délais d'intervention pour rétablir les sites les plus reculés (dont les points hauts télécom) peut atteindre la semaine. Sans électricité et sans communications d'urgence, donc.

Le New Deal 4G a permis l'arrivée de la 4G pratiquement partout. Mais avec un faux sentiment de sécurité, puisque l'énergie et l'adduction sont souvent très fragiles. Mais çà, le commun des mortels, et 99.9 % des élus, ne l'ont pas vu venir. Donc, c'est passé comme une amélioration majeure, alors que c'était en fait une dégradation majeure (notamment, par rapport aux centraux téléphoniques cuivre, qui étaient secourus au moins 24h, et qui étaient équipés de prises pour brancher un GE).

Les "bulles tactiques", qu'elles soient en 4G avec des antennes à grand gain ou via satellite, ça a du sens, mais à la seule condition que cela soit 100% automatique. Par expérience les services de secours, y compris les cadres, ne sont pas techniciens ! Et dans le stress des interventions de secours, ils ont autre chose à faire que de se préoccuper de savoir suer quel bouton il faut appuyer, ou sur quel canal il faut se mettre, pour pouvoir établir la communication en fonction de là où ils se trouvent. J'ai souvenir d'une expérience où des intervenants pouvaient configurer leurs véhicules en relais, et descendre dans un ravin avec un portatif. Il fallait mettre le mobile sur un canal donné, et le portatif sur un autre canal donné. Ils n'ont jamais réussi à s'en servir, donc ils avaient décrété que "cela ne fonctionnait pas" ! Alors que ce sont des gens qui, au minimum, avaient fait 7 ans d'études :-)

Il me semble que le plan "France Très haut Débit" prévoyait d'amener la fibre chez tous les citoyens en mode ultra-low-cost, parfois avec des installations qui font peur ! Du coup, la 4H "New Deal" s'est reposée dessus. Lorsque l'on posait la question de la résilience aux encravatés qui venaient nous présenter la chose, on nous promettait une phase ultérieure, où l'on se pencherait sur la sécurisation des réseaux (autonomie énergétique, enfouissement des lignes, double adduction systématique).

Du coup, elle en est où, cette phase 2 :-) ?

En conclusion :
La meilleure des interventions de maintenance est celle que l'on n'a pas besoin de réaliser, parce que le problème a été anticipé, et que le système s'auto-répare ou s'auto-maintient.  Internet, à l'origine, a été conçu par des militaires pour être résistant aux défaillances ponctuelles. Les technologies existent et ont fait leurs preuves. Comment a t-on pu dévoyer le système à ce point sur la branche terminale (celle qui va des grands centres de données aux utilisateurs) ? Et va t-on un jour se pencher sur la sécurisation et la résilience des réseaux à grande échelle, au lieu de continuer à développer les applications qui dépendent de ces réseaux sans se soucier de ce qui se passe "en dessous" ?



---------------------------
Liste de diffusion du FRnOG
http://www.frnog.org/

Répondre à