Le 4/12/05 1:30 PM, Antoine a peut-�tre �crit (may be wrote) :

En d'autres termes, une oeuvre, y compris non-logicielle et non-num�rique,
peut aussi "fonctionner" en ce qu'elle est donn�e au public en certaines
modalit�s propices.

Enfin il ne faut pas oublier qu'une oeuvre "non-logicielle" ne constitue
pas forc�ment pour autant une "oeuvre d'art", cela peut-�tre un article
d'opinion, un essai, un croquis scientifique, etc.

J'imagine que les membres de la communaut� Art Libre peuvent nous �clairer
un peu plus sur la question.

En quelques mots :

- la distinction entre oeuvre fonctionnelle et oeuvre non fonctionnelle n'est pas pertinente car en amont de l'oeuvre, c'est l'auteur qui a fonction. C'est lui qui est, en fonction de sa puissance de cr�ation, op�rant. La fonction de l'auteur c'est d'op�rer (comme on le fait d'un corps physique, d'un corps social).
Il cr�e pour cela un objet (une oeuvre, un outil).
Penser qu'une oeuvre d'art n'est pas fonctionnelle c'est penser qu'elle n'op�re pas. C'est une erreur, elle op�re les esprits, elle fonctionne mentalement, elle forme les cervelles.
La culture, c'est bien �a : une formation de l'esprit (quand ce n'est pas une police de la pens�e dans sa version brutale).


Si Simondon (l'auteur de "de l'existence des objets techniques" http://commposite.org/2000.1/articles/gladu.htm) a eu raison en �levant le moteur et la m�canique � l'un des Beaux-Arts (ce que reprend aujourd'hui le directeur de l'ircam, Bernard Stiegler http://1libertaire.free.fr/BStiegler01.html <-- tr�s int�ressant article sur le politique et l'artistique), il faut comprendre que l'art est, non seulement moteur, mais un moteur, une m�canique.
Ca fonctionne comme un moteur l'art, plus m�me, c'est le moteur m�me de toutes fonctions (par ex celles des auteurs).


- ce qu'on appelle "art" est nul. 0 point�. Vide. Vacant (ce n'est pas rien et encore moins n�ant). Ce n'est plus aujourd'hui un objet qui aurait les qualit�s qui ont fait l'Histoire de l'Art. Car cette histoire est achev�e selon ce qu'en dit (tr�s justement) Arthur Danto http://www.lire.fr/critique.asp/idC=36395&idTC=3&idR=210&idG=7 )
Ca ne veut pas dire que l'art ne soit plus possible, mais que c'est du post-art, du para-art, un � c�t� de l'art (les artistes depuis l'invention du ready-made n'ont eu de cesse de montrer �a, de faire �a).


Aussi : toute oeuvre est d'art dans la mesure o�, � c�t� de ce qui fait la d�finition entendue de l'art, elle en est son renouvellement. Elle est la renaissance de l'art apr�s que celui-ci se soit volontairement annul�. Cette annulation est le processus m�me de la cr�ation artistique, son �conomie propre : "l'art, c'est ce qui rend la vie plus int�ressante que l'art" http://www.4t.fluxus.net/quid.htm
C'est loin d'�tre sa n�gation, c'est dire sa fonction, comment �a fonctionne l'art.


Aussi : � chaque fois que vous parlez d'art vous dites son contraire. L'art n'en a pas l'air. C'est l� sa libert� : qu'il ne soit pas compris par ce qui voudrait le d�finir. Ainsi les historiens d'art sont-ils aujourd'hui d'accord pour ne plus chercher "qu'est-ce que l'art ?" mais suivant Nelson Goodman "quand y a-t-il art ?"
Oui, quand ?


Quand il y a lieu (th�atre des op�rations ou, pour reprendre la formule de Mallarm� : "rien n'aura eu lieu que le lieu").
Quand a lieu l'op�ration.
Quand �a fonctionne, quand �a forme, sous toutes formes, quand nous sommes en forme, quand nous sommes pris par les formes, quand nous sommes form�s. Bien avant les intentions de former quoique ce soit (par des artistes "formidables")


- j'avoue qu'il y a quelques difficult�s de perception pour tout ce que je viens laborieusement d'essayer d'expliquer parce que justement l'art est imprenable. On pense le capter (le prendre et le comprendre) et finalement c'est une trace de son objet qu'on a (� travers l'objet d'art on pense avoir l'objet DE l'art. On en a que le re-trait).


- pour finir et �tre concret ( ah ! et quelle concr�tude ?...) pour les questions qui nous occupent : la rencontre du libre et de l'art (tout contenus, j'insiste) n'est pas arbitraire, mais bien le signe de ce qui se trame dans la culture contemporaine et � venir (num�rique et non num�rique, on-line et off).
S'il s'agissait, comme le font les licences CC, de conformer l'art (entendons la facult� d'invention, tous types d'inventions) � des libert�s particuli�res, ce serait terrible, pour ne pas dire terrifiant.
Car ce qui se cr�� n'est pas du domaine du particulier, mais bien du singulier.
Oui, la cr�ation est singuli�re.
Mais ce singulier a rapport avec le pluriel, avec le commun. Ce qui n'est pas le cas du particulier : le particulier n'a rapport avec personne d'autre que son propre cas. Un cas de figure incapable de faire face, politiquement. Incapable d'envisager l'alt�rit� (cette crainte d'�tre alt�r� dans son identit� de bloc). Parce qu'il n'a pas de puissance (c'est la raison de son vouloir de pouvoir).
Le particulier n'aime pas avoir commerce. Il veut bien que sa parole circule, se propage.
Cette parole n'est pas "l'inter-dit" de la po�sie
(ne pensez pas qu'un po�me soit de l'eau de rose...),
c'est de la communication,
de la propagande en marche.


Aussi : l'attachement qu'on peut avoir pour le libre (copyleft) et la cr�ation post-artistique est juste quand on prend en consid�ration la polis (la cit�) bien commun des singularit�s. Juste, quand nous voyons une police (gardienne de la cit� ?...) se mettre en place pour traiter les cas particuliers sans soucis et du singulier et du commun.

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antoine moreau



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